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"Le terrorisme de la nouveauté me sert à vendre du vide"

Je vais parler de quelqu'un dont je partage un peu la coupe de cheveux (sauf que lui, il se coiffe). Tout bon français moyennement cool à déjà lu un de ces livres, donc 1 je vais éviter de faire sa bio et 2 j'ai bien conscience messieurs dames de n'apporter dans ce post une idée qui sent un peu le réchauffé. Ceci dit je n'en ai strictement rien à foutre.
Ce mec à la magnifique coupe de cheveux, c'est celui-qu'on-a-envie-de-baffer- Frédéric Beigbeder, ancien publicitaire devenu écrivain à succès, éditeur aux éditions Flammarion (?) et qui tient en parallèle une chronique littéraire très courue dans le magazine Voici (??). Monsieur Beigbeder est l'archétype du connard insupportable à mon goût, un sale parisien qui montre sa belle montre quand il pose en te narguant, un éxécrable pollueur qui doit faire des fucks en Mercedes SLK au piéton qui ose traverser, un de ces connards puants qui dénigre tout ce qui ne fait pas partie de son monde brillant. Mais en tant qu'acteur capital de la société du spectacle, en publicitaire de premier rang, il a su cependant tirer la substantifique moelle du métier dans le livre qui reste son chef-d'oeuvre :

99 francs, dont voici un extrait.

Tout le blabla qui a précédé le texte en gras a été réfléchi, tapé et stocké dans une mémoire de masse juste juste pour créer de la "valeur ajoutée",  pour justifier l'existence de ce blog. Sa lecture était donc tout à fait dispensable. Mais, n'est pas cela que propose l'immense majorité des blogs ? Ajouter de la valeur dispensable à une bribe d'information avant de la transmettre ?
Au fait : c'est copyright Beigbeder, hein, parce que faut faire gaffe maintenant.


"Je passe ma vie à vous mentir et on me récompense grassement. Je gagne 13 000 euros (sans compter les notes de frais, la bagnole de fonction, les stocks-options et le golden parachute). L'euro a été inventé pour rendre les salaires des riches six fois moins indécents. Connaissez-vous beaucoup de mecs qui gagnent 13K euros à mon âge ? Je vous manipule et on me file la nouvelle Mercedes SLK (avec son toit qui rentre automatiquement dans le coffre) ou la BMW Z3 ou la Porsche Boxter ou la Mazda MX5. (Personnellement, j'ai un faible pour le roadster BMW Z3 qui allie esthétisme aérodynamique de la carrosserie et puissance grâce à son 6 cylindres en ligne qui développe 321 chevaux, lui permettant de passer de 0 à 100 kilomètres/heure en 5,4 secondes. En outre, cette voiture ressemble à un suppositoire géant, ce qui s'avère pratique pour enculer la Terre.)

J'interromps vos films à la télé pour imposer mes logos et on me paye des vacances à Saint Barth' ou à Lamu ou à Phuket ou à Lascabanes (Quercy). Je rabâche mes slogans dans vos magazines favoris et on m'offre un mas provençal ou un château périgourdin ou une villa corse ou une ferme ardéchoise ou un palais marocain ou un catamaran antillais ou un yacht tropézien. Je Suis Partout. Vous ne m'échapperez pas. Où que vous posiez les yeux, trône ma publicité. Je vous interdis de vous ennuyer. Je vous empêche de penser. Le terrorisme de la nouveauté me sert à vendre du vide. Demandez à n'importe quel surfeur : pour tenir à la surface, il est indispensable d'avoir un creux en dessous. Surfer, c'est glisser sur un trou béant (les adeptes d'Internet le savent aussi bien que les champions de Lacanau). Je décrète ce qui est Vrai, ce qui est Beau, ce qui est Bien. Je caste les mannequins qui vous feront bander dans six mois. A force de les placarder, vous les baptisez top-models; mes jeunes filles traumatiseront toute femme qui à plus de 14 ans. Vous idôlatrez mes choix. Cet hiver, il faudra avoir les seins plus hauts que les épaules et la foufoune dépeuplée. Plus je joue avec votre subconscient, plus vous m'obéissez. Si je vante un yaourt sur les murs de votre ville, je vous garantis que vous allez l'acheter.Vous croyez que vous avez votre libre arbitre, mais un jour ou l'autre, vous allez reconnaître mon produit dans le rayonnage d'un supermarché, et vous l'achèterez, comme ça, juste pour goûter, croyez-moi, je connais mon boulot.

Mmm, c'est bon de pénétrer votre cerveau. Je jouis dans votre hémisphère droit. Votre désir ne vous appartient plus : je vous impose le mien. Je vous défends de désirer au hasard. Votre désir est le résultat d'un investissement qui se chiffre en milliards d'euros. Cest moi qui décide aujourd'hui ce que vous allez vouloir demain. "

F. Beigbeder

Ah quel beau texte !

Posté par spliffballspeed à 12:08:00 P - Commentaires [0] - Permalien [#]


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